Journée mondiale de la justice sociale

Retour sur les 3 éditions de la nuit de la solidarité

Le jeudi 20 février est la journée mondiale de la justice sociale. Les nations unies définissent la justice sociale comme une notion fondée sur l’égalité des droits¹. Un des premiers droits fondamentaux inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme est le droit au logement. L’occasion pour nous de revenir sur les résultats préliminaires de la Nuit de la solidarité 2020, présentés par la Ville de Paris. 

Qu’est-ce que « La nuit de la solidarité » ?

La nuit de la solidarité est un évènement nocturne organisé annuellement par la ville de Paris. Au cours de celle-ci, des milliers de volontaires, regroupés en équipes, quadrillent et sillonnent les rues de Paris à la recherche des personnes s’apprêtant à passer la nuit dans la rue, dans les gares, dans les parkings ou dans les stations de métro, les parcs ou encore aux abords du périphérique.  

Le but de cette opération est de recenser de manière anonyme le nombre de personnes n’ayant pas d’endroit où dormir une nuit donnée, puis de les questionner sur leurs besoins, outre celui d’un toit. Ce décompte est ensuite analysé par l’atelier parisien d’urbanisme (APUR) et permet de mieux connaître le profil des personnes en « situation de rue », ainsi que d’identifier leurs besoins, pour éventuellement mettre en place des dispositifs pour leur apporter des solutions.

Il est donc essentiel de noter que ce décompte est non-exhaustif et qu’il ne traduit pas nécessairement le nombre réel de personnes sans domicile fixe, mais avant tout le nombre de personnes ne bénéficiant pas d’un hébergement pour une nuit donnée, dormant donc dans la rue. Il exclut de fait toutes les personnes hébergées chez des proches, ayant trouvé refuge au sein des centres d’hébergement d’urgence ou encore résidant dans des squats, par exemple.

Augmentation du nombre de personnes sans solution de logement immédiate

La première nuit de la solidarité, la nuit du 15 février 2018, avait permis de dénombrer 3035 personnes sans solution d’hébergement immédiate². Le 7 février 2019, lors de la deuxième édition, ce nombre s’élevait à 3641. Cette augmentation conséquente est néanmoins à relativiser en prenant en considération l’élargissement des secteurs pris en compte lors de ce décompte, tels que les parcs et les talus du périphérique.

Toutefois, ainsi que le signale l’APUR dans son rapport³, en comparant uniquement les secteurs communs aux deux études (2018 et 2019), il y a une augmentation nette de 223 personnes sans solution d’hébergement. 

Cette hausse du nombre de personnes sans domicile peut encore être relativisée au regard d’autres facteurs tels que l’amélioration des techniques de comptage ou bien une visibilité plus importante de ces personnes, due à des températures plus clémentes durant l’hiver 2019.

Cependant, il est important de resituer le nombre de personnes « en situation de rue » estimé lors de chaque édition par rapport aux offres de places d’hébergement disponibles au cours de la nuit en question. Ainsi, entre février 2018 et février 2019, alors qu’une augmentation de 223 personnes en « situation de rue » était observée, 2703 places d’hébergement d’urgence supplémentaires avaient été créées. 

En 2019, 3641 personnes étaient dénombrées, alors que 22 600 places d’hébergement étaient ouvertes ce soir-là (dans un contexte de plan hivernal et plan grand froid). Il est donc fortement probable que le nombre de personne sans domicile ait été supérieur à 26 200 au cours de la nuit de la solidarité 2019. 

La ville de Paris avait alors répondu à cette étude par le souhait de mettre en place des solutions concrètes comme l’ouverture de 1500 places d’hébergements supplémentaires via la création de nouveaux centres d’hébergement ou d’une halte de nuit dans la mairie de chacun des arrondissements parisiens. Les résultats préliminaires de la 3ème édition de la nuit de la solidarité⁴, dénombrent 3552 personnes sans-abris la nuit du 30 janvier 2020, pour 24 900 places d’hébergement ouvertes cette même nuit. 

Ces résultats montrent de façon globale, une stabilité inquiétante du nombre de personnes « en situation de rue », recensées à la même période chaque année, alors même que l’ouverture de places d’hébergement, lui, augmente.

Une attention particulière sur les femmes

La nuit de la solidarité a également permis de mettre en évidence un nombre de femmes « en situation de rue » beaucoup plus important que ce que dénombrait les précédentes études de l’INSEE (2012) notamment. Cet apport a donné lieu à la mise en place de structures supplémentaires dédiées spécifiquement aux femmes, comme des bains-douches qui leurs sont réservés, des haltes de nuit non-mixtes, etc… 

Malgré ces nouveaux dispositifs, le nombre de femmes « en situation de rue » dénombrées pour cette année 2020 reste stable, s’élevant tout de même à 12% des personnes rencontrées.

Les limites de la nuit de la solidarité

Bien que ces 3 « Nuits de la solidarité » consécutives (2018, 2019 et 2020) présentent des résultats stables, ceux-ci sont à mettre en parallèle avec l’augmentation du nombre de places d’hébergement d’urgence mises à disposition. Se pose alors une question: Y a-t-il d’années en années plus de personnes privées de logement ou une fréquentation amoindrie des centres d’hébergement, pourtant toujours saturés, comme le déplore Eric Pliez⁵, président du Samu social de Paris ?

Encourageons l’effort constant de la ville de Paris dans la mise à disposition de nouvelles places d’hébergement d’urgence. Gardons cependant à l’esprit que pour se rapprocher de l’objectif de justice sociale tel que défini par les nations unies, il faut que chacun puisse bénéficier d’un logement stable, et non pas d’un hébergement précaire à la nuitée, le poussant à vivre au jour le jour. Des efforts supplémentaires doivent donc impérativement être réalisés pour fournir des solutions d’hébergements de longue durée afin d’accompagner au mieux les personnes sans-abris.

L’état devrait sans doute s’engager davantage au côté des communes afin de proposer des changements structurels au dispositif social actuel dans une logique d’accompagnement sur la durée et non pas court-termiste.

Sources 

 

  1. https://www.un.org/fr/observances/social-justice-day

  2. « Les personnes en situation de rue à Paris la nuit du 15-16 février 2019. Analyse des données issues du décompte de la nuit de la solidarité. », Atelier Parisien de l’Urbanisme- octobre 2018.

  3. « Les personnes en situation de rue à Paris la nuit du 7-8 février 2019. Analyse des données issues du décompte de la 2ème édition de la nuit de la solidarité. », Atelier Parisien de l’Urbanisme- décembre 2019.

  4. https://www.paris.fr/pages/plus-de-3-500-sans-abri-recenses-lors-de-la-nuit-de-la-solidarite-7497

  5. « Le 115 de Paris n’a jamais connu une telle incapacité à répondre aux demandes qui lui arrivent », Eric Pliez, Tribune – La Croix – octobre 2019

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